
Portrait d’Artur Yussupov
Années 50 :
Après avoir envahi le Tibet, l’Armée Rouge chinoise de Mao attaque le Turkestan Oriental, habité par les Ouïgours, peuple d’origine mongole.
Entre la soumission, la torture ou la mort, plusieurs d’entre choisissent l’exil au Turkestan Occidental, devenu partie du Kazakstan, république socialiste soviétique : parmi ces réfugiés, les grands-parents d’Artur.
Décembre 1991 :
- 1er décembre : Nazarbaiev, candidat unique et anti-ouigours (certains opposants sont envoyés dans les prisons chinoises) est élu …
- 15 décembre : indépendance du Kazakstan
- 17 décembre : naissance d’Artur à Almaty, alors capitale du pays
17 décembre 2001 :
Après des années d’hésitation, suite aux brimades ethniques subies sur son lieu de travail, Mayia Yussupova concrétise son souhait d’une vie meilleure, plus ouverte pour son fils en quittant le Kazakstan.
Artur pose les pieds en France et peut chanter : « j’ai 10 ans ! »
Mais tout est différent : la langue, l’alphabet, la monnaie, …
Artur est à Paris. Placé avec sa mère dans un camp de réfugiés, il profite des jours de gratuité pour visiter tous les musées de la capitale.
Côté jeu de Dames, il échappe à Pierre Bourgeois J
Juin 2002 :
L’administration française envoie Artur et sa mère en Cordierland, à Dijon.
Hébergement à la Croix-Rouge (section demandeurs d’asile politique) dans un 20 m2 pour une durée indéterminée, scolarisation en Zone d’Education Prioritaire des Grésilles, un des quartiers les plus chauds de la capitale bourguignonne.
Au pays de la moutarde, Artur découvre le monde et certaines de ses mauvaises graines :
- les discriminations exercées
- la violence verbale et physique au quotidien
Artur dénote : calme impassible, apprentissage beaucoup plus rapide que les francophones et un humour en auto-dérision, rarissime à 10-11 ans.
Mais la ZEP, c est aussi :
- l’entraide entre mamans venues du monde entier.
- l’amitié avec Edmond Akamahovon-Kunungolo, 1 jour et 30 cm de moins, dont le papa a été tué au Congo.
2002-2003 :
C’est le CM2 avec Gilles Taillandier comme instit, en alternance avec la classe des primo-arrivants. Artur découvre le jeu de Dames sur 100 cases tous les mardis soirs après la classe, mais toujours dans l’école. Edmond et lui sont les plus mordus. Puis ce sont les tournois mensuels du mercredi à la MJC. Les 2 copains progressent rapidement et devancent une trentaine de jeunes à l’issue du Grand Prix, remporté par Marc Taillandier devant Artur. Celui-ci accepte d’aller à Compiègne pour le championnat de France Jeunes. Edmond, lui, part à Liverpool remporter un tournoi international de football avec les Benjamins et renonce aux Dames.
Virginie Finez remporte le titre de championne de France Minimes devant Marc Taillandier (Benjamin surclassé). Résultat d’Artur :
4è du National Minimes à Compiègne
Anecdote :
Artur et Pierre Olivier, un de ses camarades de club, jouent en amical entre 2 parties notées. On leur demande d’enlever le damier. Facétieux, les 2 gamins font glisser délicatement les pions sur la table pour conserver la position et … continuent la partie sans les cases, sous les yeux d’Henri Macaux qui n’en revient pas et hèle les adultes présents pour partager cette curiosité. Hélas, le réflexe photo tarde et il n’en reste que le souvenir !
2003-2004 :
- 4è du National Minimes à Saint-Cloud (une déception !)
- Artur débute le judo
- Maladie du sang diagnostiquée
2004-2005 :
- 4è du National Cadets à Lyon
- Artur perd la nationalité kazake
- sa maladie étant incurable au Kazakstan, il ne peut y être renvoyé
2005-2006 :
- 2è ex aequo (3è) du National Cadets à Rouen (le seul podium manquant jusqu’alors à Dijon), battu aux blitz par Mickaël Carton pour le titre de vice-champion de France.
- Artur et sa mère obtiennent l’asile politique
- Champion de Côte d’Or
- obtention de la ceinture marron de judo
2006-2007 :
- 2è ex aequo (3è) du National Cadets à Jard sur Mer, battu aux blitz de départage par Pierrick Hellequin pour le titre de vice-champion de France
- déménagement du studio des demandeurs d’asile pour un F3 en ville
- 19è du Mondial Cadets à Tournefeuille
- arrêt du judo pour des raisons médicales
2007-2008 :
- 3è du National Juniors à Montceau- les-Mines
- champion de Bourgogne-Champagne par équipes avec H. Cordier et G. Taillandier
- une greffe osseuse est envisagée pour guérir Artur
- 8è de la Coupe de France des Clubs avec une belle victoire sur Gabriel Estébé qui permettait alors aux Dijonnais de mener 3-1 (après la remise de Brice)
- sélectionné pour l’Euro Juniors du 1er au 7 août à Sczecin (Pologne).
Conclusion :
Artur, passionné depuis longtemps d’histoire de France, est un damiste doté d’une bonne mémoire et d’une grosse confiance (parfois excessive) en lui , deux qualités qu’on trouve également chez Arnaud Cordier, qu’il croise régulièrement.
Artur, en participant également à de nombreuses compétitions nationales ou internationales pour adultes, a sympathisé avec des damistes de toutes les ligues qui constituent quasiment pour lui une 2è famille.
Au sein de la FFJD, le soutien répété du président, Jean D’Almeida, du directeur des Tournois, Henri Macaux, et d’une centaine de damistes qui se sont manifestés avec empathie (pour son maintien en France, des vœux de guérison ou en d’autres occasions), favorise son épanouissement.
L’histoire est belle et donne ses lettres de noblesse à la vie associative : qu’elle continue le plus longtemps possible !



